« Was I really »… sur les traces de Vasarely ?

Ce week-end la pancarte 4 par 3 à l’entrée de la ville, à hauteur des Esplageolles a été toyée (*) par un artiste qui a révélé ce « hack artistique » sur son site internet. Il s’agit de germain prévost Alias Ipin, un graffer et streetarter bien connu. Ce dernier a voulu rendre hommage à vasarely, et son oeuvre monumentale sur la façade de la mairie

A l’entrée de la ville, beaucoup de passants et d’automobilistes s’interrogent sur l’affiche qui a pris la place du programme des spectacles du casino Joa. Voulant rendre un hommage à l’artiste franco-hongrois décédé en 1997, l’artiste s’est invité sur l’affiche seynoise avec son interprétation de l’oeuvre « fractalienne » du grand Victor Vasarely. Alias Ipin revient sur ce « piratage artistique » sur son blog aliasipin.blogspot.fr. Voilà ce qu’on peut y lire depuis samedi :

WAS I REALLY ?

« Supprimer le romantisme de la peinture » disait Victor Vasarely.

Les oeuvres de Victor Vasarely ornaient le dos de tous les 4×3 de ma ville, et la face de bien d’autres supports du paysage urbain. Et ce, dans bien d’autres villes aussi. A mes yeux, il représente en quelque sorte le premier « street-artist » officiel français.
Cet homme voulait supprimer le romantisme de sa peinture.
L’état français l’élit comme un des principaux détenteurs du monopole de la décoration urbaine des années 80. 
J’en arrive à me demander si cet artiste (par ailleurs militant de l’art pour tous) n’était pas l’illustrateur de cette déshumanisation que nos villes occidentales connaissent à présent…
Puis le graffiti est arrivé. Le street-art irrévérencieux et illégal explose dans ces années-là.
J’ai grandi à cette époque avec un poster de Vasarely punaisé dans ma chambre d’adolescent et des bombes de peintures cachées dans mon sac à dos derrière la porte.
Nos images tracées dans la rue n’avaient rien d’artistique ni d’optique. Par contre ces sorties, ces coulures, elles, dégueulaient de romantisme.
Ces traits mal contrôlés tracés à la lueur des réverbères dans la brume de l’hiver.
Le romantisme, c’est l’émotion, et de l’émotion, on en avait à revendre.
C’était tremblant, c’était puéril mais ça donnait un autre point de vue sur la vie et sur la ville.
Donc aujourd’hui, bientôt 20 ans plus tard, j’observe, je m’interroge.
J’observe le street-art qui s’officialise.
J’observe le graffuturisme, ce mouvement dans le graffiti qui tend vers l’abstrait, le futurisme et l’art optique. (cf Delta, Thomas Canto, Remi Rough,  LX One,…etc.)
Je me demande si le graffuturisme est une version plus mature du graffiti?
Est-ce toujours du street-art ou simplement le renouveau de la peinture ?
Celui que nous appelions freestyle et qui est maintenant tracé entre deux bandes de scotch papier.
Je me demande si nous ne perdons pas aussi notre romantisme à réaliser ces travaux de commande ? Ceux qui nous payent et nous permettent de vivre.
Je me demande si le street-art, rattrapé par l’institution, ne rentre pas lui-même dans des cases, finalement comme  chacune des couleurs d’un tableau de Victor Vasarely?
Comme une rue représentée en pixels sur google-map…
Je me demande si je suis dans le vrai ?
Si je suis vraiment ?
If I am really ? 
Et si VASARELY se demanderait, aujourd’hui :
« WAS I REALLY ? »
 * Période des Vega de Vasarely = un quadrillage qui semble poussé par derrière par une grosse boule.
(*) Toyer : vocabulaire de graffer : recouvrir un graff par un autre.

L'original de l'oeuvre de Vasarely sur la façade de la mairie