Violences faites aux femmes : La Seyne s’engage

Nous sommes le 6 novembre 2019 et depuis le début de l’année,129 femmes sont mortes assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint (elles étaient 118 pour toute l’année 2018). Associations mobilisées, dispositifs d’alerte et d’accompagnement, appartement mis à disposition des victimes : La Seyne-sur-Mer prend à bras-le-corps le fléau des violences sexistes. Comme partout en France, dans notre ville, une centaine de cas sont constatés en moyenne par an. C’est trop ! Parlons sans tabou des violences faites aux femmes !

Accompagné.e.s

Patrick Ducheix, chef de la police municipale.

Tolérance zéro contre les auteurs de la part des forces de l’ordre, et protection des victimes avec l’aide du CLSPD* : comment la Ville se mobilise contre les violences conjugales et intrafamiliales.

« Les violences conjugales sont une priorité de la politique pénale du Parquet, affirme Patrick Ducheix, chef de la police municipale. Dès qu’on a un signalement, on associe la Police nationale pour qu’on puisse agir rapidement. » Depuis des décennies qu’il exerce ce métier, le policier déplore une constante augmentation des violences, « souvent aggravées par l’alcool et les addictions ». Très ému par ce triste état des lieux, il se souvient d’une histoire qui l’a marqué : « Au Beausset, il y a 20 ans, un homme harcelait et violentait son ex-compagne fréquemment. Elle est partie s’installer à Montpellier, mais il l’a retrouvée et l’a assassinée. Le souvenir de ce drame me rappelle au quotidien qu’on ne doit négliger aucune violence. Le mois dernier, une femme est venue se réfugier dans nos locaux. Comme à toutes les autres victimes, nous lui avons fortement conseillé de porter plainte, nous l’avons accompagnée au commissariat pour ce faire. Pour les protéger, cet appartement mis à disposition par la commune est une bonne chose. C’est ce qu’il nous manquait pour mettre en sécurité les victimes ».

Un refuge sécurisé

Hana Valentova est coordinatrice du CLSPD(*), qui contient plusieurs groupes thématiques, dont l’un d’eux est le volet “violences conjugales et intrafamiliales”. Cela fait des années qu’elle avait évalué le besoin de la mise en place d’un abri provisoire où les victimes peuvent se réfugier, commencer à se reconstruire et, affronter les suites judiciaires en toute sécurité. « L’accueil y est assuré pendant 15 jours, renouvelable une fois, explique Hana Valentova. Pendant ce laps de temps, une procédure d’accompagnement social par la mairie est mise en place avec l’AAVIV qui peut lui octroyer un téléphone Grand danger, et, le CIDFF (NDLR : voir leurs coordonnées ci-dessous). Ce qui permet à la victime d’être protégée et accompagnée dans le montage de son dossier judiciaire ».

Mais quelles que soient les mesures mises en place pour affronter ce fléau, la parole de la victime est essentielle. Hana Valentova et Patrick Ducheix ne cessent de le répéter : « Les victimes doivent parler ! Elles ne seront jamais rendues responsables de ce qu’elles subissent. Jamais ! »

sylvette.pierron@la-seyne.fr

* Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance

Une insulte, un coup ? On réagit !

Une agression, même verbale, ne doit jamais rester sans réponse.

Au moment des violences

  • Appelez Police secours, le 17 ou le 112 depuis un portable. Le 18 (pompiers), le 15 (urgences médicales), le 04 94 06 90 79 pour la Police municipale, ou utilisez le 114 pour les personnes malentendantes.
  • Pour vous mettre à l’abri, vous avez le droit de quitter le domicile. Mais dès que possible, signalez-le à la police. Que les faits soient anciens ou récents, les policiers ont l’obligation d’enregistrer votre plainte.
  • Pensez à consulter un médecin et faire rédiger un certificat médical. Les jours d’ITT (Interruption temporaire de travail) comptent pour le futur jugement des auteurs.

Vous aider à tout moment

  • Appelez le 39 19, le numéro national d’écoute 7j/7 du lundi au vendredi de 9h à 22h et les samedis, dimanches et jours fériés de 9h à 18h.
  • Contactez le CLSPD de La Seyne-sur-Mer 04 94 06 95 68 04 94 06 95 55 clspd@la-seyne.fr. A sa tête, Hana Valentova est très mobilisée sur ce sujet depuis de nombreuses années. Cette dernière pourra vous aider et vous mettre en contact avec l’Association d’aide aux victimes d’infractions du Var (l’AAVIV), que vous pouvez joindre au 04 98 00 46 80 contact@aaviv.fr. C’est cette dernière qui évalue la situation et peut octroyer à la victime un téléphone “grand danger”. Une psychologue est également à votre écoute. Isabelle Choutet est joignable par mail : isabelle.choutet@aaviv.fr

Accompagner les auteurs

  • L’association Vivre en famille, organise des groupes de paroles et des soutiens psychologiques pour les auteurs de violences et des thérapies de couple à l’issue d’un contrôle judiciaire afin d’éviter la transmission des comportements violents. 24 rue Beaussier. vivre-en-famille.com Tél : 04 94 06 67 34.

Interview de Bouchra Réano (à gauche sur la photo)

Trois questions à Bouchra Réano
Adjointe au maire déléguée à la Promotion de l’égalité de genre dans l’espace public.

Le Seynois : La Ville vient de mettre à la disposition des victimes un appartement d’urgence. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Bouchra Réano : Il s’agit de lutter contre la double peine. La victime doit souvent fuir son logement, avec ses enfants parfois. Cela fait longtemps qu’avec Jean-Luc Bigeard, adjoint à l’accompagnement des victimes et Hana Valentova du CLSPD(*), nous souhaitions que la ville soit dotée d’un appartement d’urgence où on puisse accueillir les victimes et leurs enfants. Un lieu tenu secret et serein où elles pourront monter un dossier en vue d’affronter les suites judiciaires.

L. S. : Vous parlez de monter un dossier, pourquoi c’est important ?

B. R. : C’est primordial. Quand on est victime, il faut faire les choses dans les règles. Ne jamais fuir sans rien faire. Car le délit d’abandon de domicile conjugal existe toujours. Le conjoint violent pourrait avoir gain de cause dans ce cas. Il faut consulter un médecin, porter plainte à la Police, ou l’appeler. Les policiers nationaux et municipaux ont des instructions très précises. C’est tolérance 0. Le parquet a fait des violences conjugales une priorité. Il faut au moins raconter ce qu’on a subi à un proche qui pourra en témoigner devant la justice. En bref, ne jamais se taire. Car la personne violentée est toujours la victime, et n’est jamais responsable. Beaucoup hélas sont sous emprise psychologique, et subissent sans alerter. Je leur conseille d’aller au tribunal dès qu’elles sont prêtes, et de saisir le juge des affaires familiales, de prendre un avocat qui lui ouvrira un dossier d’aide juridictionnelle. Mais pour cela il faut porter plainte. Les policiers ont obligation de recevoir leur plainte. Et ce, dans l’idéal, dès la première insulte.

L.S : Que faire, selon vous pour endiguer ce fléau ?

B.R. : Il y a tant à faire dans l’urgence ! Mais sur le fond, éduquons les parents à ne pas reproduire les stéréotypes de leur enfance. Arrêter, par exemple, de glorifier son fils quand il a beaucoup de conquêtes. Dire et montrer que nos enfants sont égaux. Garçons et filles doivent être élevés de la même manière. Le respect est le maître-mot. Et marteler cette vérité : on n’aime pas quand on frappe !

Propos recueillis par Sylvette Pierron

(*) Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance

La marche de "Nous Toutes" le 23 novembre à Hyères