Tourneja la fusto per plasé

Christian Begon tourne le bois par plaisir. Pour lui, sorti du bruit des chantiers, c’était le calme retrouvé. Aujourd’hui, il régale les enfants de ses toupies, avions et mannequins. Rencontre.

Lei riban b lound e b ourrèu toumbon en riban per tapissa lou sòu dins lou glatimen dóu tour de fustier. Christian Begon lèvo leis iue, satisfa : “aqueli bocho èron de bouis ramassa dins Verdoun, abans que d’èstre de metau, e se faguèron clavelado puei per de damo. Ne’n poudriés veire de poulido au Musèu d’Eguino”. Facho au mole coumo tout plen de causo – bebei, mai que tout – l’ome de la sieissanteno, n’en avèn agu fa couneissénço per Calendo ‘mé l’ouperacioun “Boutigo efemèro” en vilo (de legi Le Seynois de decembre). Dounavo de baudufo ei pichoun, toutei facho a la man e au tour. Miés que leis abituau jue video, qué! S’es afouga per lou travaï dau mole de fustier fa ben vint e cinc an, legissent uno revisto de travaï manuau. “Ei CNIM, touto la journado trabaiavi dins lou brut, e am’aquelo pratico dóu bos, èro lou silenci! A peno un glatimen, poudiéu travaïa ‘mé la radio; que lùssi !” Per sei quaranto an sa fremo li oufrè un estagi ounte n’en aprenié fouarço. E despuei l’ome s’es fa un atalié au siéu, camin de Restanco. “Oh! Un afouga coumo ieu deu counta belèu 1500€ per s’equipa coureitamen” : un mole e d’outis, de cop fa per eu, bord qu’èro ajustaire ei chantié. Sei cisèu per eisemple, segur que vènon pas de Bricotruc ! Per l’essenciau, Christian Begon fabrico de jouguet, e despuei qu’es grand, n’en fa per si dous felen. L’avioun que pendoulo au voutin de l’atalié es de roure blacas. Mai li agrado de travaïa touto meno de fusta : lo frais en particulier, mai tambèn lou suve, emé touti si veno que lou fan tant lisquet. Partisan de la ligno puro, d’estile japounés, l’afouga dóu travaï de la fusto vèn d’acaba una pèço de trio, un Pinnochio en cado em’un capèu de fusta de suve e d’iue de palissandro. “Crèsi que poudriéu vira que que fusto que siegue, coumo aquéu dóu gaiac, un bos fouarço dur que n’en fasien d’enfustage ei chantié!”. Mai travaiara pas fouarço l’oulivié, perqué…”es enuious de fabrica de saladié!” que grimassejo. Belèu perqué faran jamai de present per la marmaio. Alor que lei
baudufo !…

Michel Neumuller

EN GRAPHIE CLASSIQUE AMÉ L’AJUDA DE PÈIRE BRECHET, PROFESSOR D’OCCITAN-LENGA D’ÒC

LES MOTS D’AQUI
fusto = bois (matière qui se travaille)
tour de fustier = tour à bois
bos = bois (forêt)
lenho = bois (chauffage)
riban, frisoun = copeau
glatimen = bruissement
bebei = joujou
baudufo = toupie
afouga = passionné
roure blacas = chêne blanc
frais = frêne
suve = chêne liège
lisquet = élégant
enfustage = charpente

Il tourne le bois par plaisir

Les copeaux blonds et beiges tombent en rubans pour tapisser le sol accompagnant la pulsation du tour à bois. Christian Begon lève les yeux satisfait : « ces boules étaient en buis cueilli dans le Verdon, avant d’être en métal, on en a fait aussi cloutées pour les dames. Vous pourrez en voir de belles au Musée d’Aiguines ». Tournées comme de nombreux objets, petits surtout, cet homme dans la soixantaine, nous l’avons connu à l’occasion de la Noël par l’opération « boutique éphémère » en ville. Il donnait des toupies aux enfants, toutes fabriquées à la main et tournées. Mieux que les jeux vidéo habituels non ?

Il s’est pris de passion pour le travail au tour depuis bien 25 ans, en lisant une revue de travail manuel. « Au CNIM, toute la journée, je travaillais dans le bruit, avec cette pratique du bois, c’était le silence ! A peine, une pulsation, je pouvais travailler avec la radio; quel luxe ! »

Pour ses quarante ans, sa femme lui a offert un stage où il a beaucoup appris. Et depuis, l’homme s’est installé un atelier chez lui, au chemin de Restanque. « Oh ! Un passionné comme lui doit compter à peu près 1500€ pour s’équiper correctement » : un tour et les outils, parfois faits lui-même. car il était ajusteur aux Chantiers. Ses ciseaux, par exemple, ils ne viennent pas de Bricotruc c’est sûr !

Pour l’essentiel, Christian Begon, fabrique des jouets, et depuis qu’il est grand, il en fait pour ses deux petits-fils. L’avion qui pend à la voûte de l’atelier est en chêne blanc. Mais il aime travailler toute sorte de bois : le frêne en particulier, mais aussi le chêne-liège avec toutes ses veines qui le rendent si lisse.

Partisan de la ligne pure, de style japonais, notre passionné de tournage vient de terminer une pièce remarquable, un Pinocchio en cade avec un chapeau en chêne-liège et des yeux de palissandre. « Je crois que je pourrais tourner tout bois, le gaïac par exemple, un bois très dur dont on faisait les charpentes aux chantiers ! »

Mais il ne travaillera pas beaucoup l’olivier, parce que… « c’est ennuyeux de fabriquer des saladiers ! » fait-il en grimaçant. Sans doute aussi car ils ne serviront jamais de cadeaux pour les enfants. Alors que les toupies !