Sunday Ride Classic au circuit Paul Ricard

Jean-Pierre Bonato, concepteur et développeur de la Sunday Ride Classic

Au cœur du patrimoine sportif et industriel

Créée et développée par le Seynois Jean-Pierre Bonato, la Sunday Ride Classic fait partie des événements européens incontournables puisant sa ressource dans le patrimoine sportif et industriel motocycliste. Comme depuis ses débuts, la 11e édition s’est déroulée sur le circuit Paul Ricard le week-end des 11 et 12 mai, deux journées intenses où l’amour des belles formes a côtoyé le culte de la performance.

En mai ne te découvre pas le nez…pourtant le choix du cinquième mois de l’année semblait propice mais il en fut autrement. Le vent d’est soulevait des nuées de poussières, des passages orageux obligeaient à porter blousons et écharpes pour enfin voir débarquer les bourrasques de mistral rappelant qu’Éole aurait pu naître en Provence. Les saisons se sont alignées en 48h mais n’ont en rien entamé le moral des pilotes (plus de 1000 motos sur la piste) et du public. En effet, les quelque 25.000 visiteurs ont bel et bien confirmé que la moto avait été conçue pour relier le point A au G tant la notion de plaisir est intrinsèque à sa pratique.

La petite idée qui a grandi

Lorsque Jean-Pierre Bonato, il y a plus de dix ans, a lancé cette idée de réunir des motos anciennes un dimanche matin sur le parking à l’entrée du circuit, il ne se doutait pas qu’en 2019 il aurait à gérer une écurie de course qui se donne pour seule issue la victoire. « Bien entendu, je suis satisfait de cette fréquentation en hausse car c’est pour moi un gros enjeu et je suis seul en à assumer le risque. Ceci dit, l’aspect comptable mis de côté, je suis vraiment heureux du contenu varié que l’on a pu partager avec ce public si attentif, et ma vraie récompense reste et demeurera toujours de voir autant de sourires sur les visages tout au long du we. Ce circuit est fantastique, son histoire s’est interrompue brusquement puis a repris, et de belle manière. Il y a donc cinq décennies de gloire, de larmes, de succès bref, d’émotions comme seul le sport peut offrir. Petite anecdote, Kevin Schwantz, qu’il m’a fallu deux ans à convaincre, a d’ailleurs couru ici en 1988… Concernant la moto, il faut aussi l’interroger par un prisme sociologique dans sa pratique. Aujourd’hui, il est devenu difficile d’avoir des sensations avec les produits actuels. La moto ancienne, par ses multiples imperfections, permet de retrouver du plaisir, ses imperfections recréent des sensations. Il y a certes une mode autour du vintage, mais c’est finalement récent et c’est à considérer comme une couche qui s’applique sur les dizaines d’autres qui font la passion de la moto ancienne, du patrimoine sportif qu’elle a peu à peu constitué et des vibrations positives qui relient les passionnés entre eux. D’ailleurs, si l’on se tutoie si facilement dans ce milieu, c’est que l’on reconnaît chez l’autre un principe commun, essentiel et inaliénable », précise ce passionné animé d’un bel esprit d’entreprise, Jean-Pierre Bonato ayant également créé un événement autour du voyage à moto il y a peu (voir encadré Alpes Moto Festival). Voici donc, en quelques longues lignes comme celle du Mistral – dans la configuration longue du circuit du Castellet, la ligne droite du Mistral avoisine les 1,8 km, les machines les plus affûtées lors du dernier Bol d’or déboulaient à plus de 345 km/h ! – , ce qu’ont offert Jean-Pierre Bonato et son équipe aux pilotes et au public pour la 11e édition, en plus des produits liés à la pratique de la moto proposés par les grandes marques du secteur.

La moto d’une icône, Freddie Spencer, allias Fast Freddie ou encore E.T comme on le surnommait à l’époque pour ses incroyables performances. Le pilote américain courra en 1985 dans deux catégories à la fois ( 250 et 500 cm3), c’est à dire qu’il terminait une course pour en commencer une autre. Il sera titré cette année-là champion du Monde dans les deux catégories, un exploit physique et mental accompli avec panache.

Un musée à ciel ouvert

En tout premier lieu, des motos de collection et de sport prestigieuses de 1960 à nos jours, comme si un musée ouvrait ses portes et montrait ses pépites en condition d’usage, ce qui devrait, du reste, causer aux collectionneurs en général. Des séances sur piste qui débutent le vendredi (non ouvertes au public la veille du we) et qui se poursuivent samedi et dimanche, à raison d’une toutes les 20 minutes, la diversité des machines satisfaisant tous les goûts, car là-aussi les églises et les prêcheurs à la foi partisane sont légion. Conscient de la renommée mondiale du circuit (voir encadré) à quelques tours de roues de son domicile, Jean-Pierre Bonato a tenu à valoriser ce patrimoine. En effet, relater une partie de l’histoire de la course motocycliste mondiale déployée en sept plateaux de compétition couvrant activité du circuit de 1970 à aujourd’hui, est une manière élégante d’honorer le jubilé que le circuit célébrera en 2020. Des pilotes aux gloires révolues, mais toujours bien présents dans le cœur des aficionados, ont aussi brillamment accompagné ces journées. Citons Kevin Schwantz, Freddie Spencer, Giacomo Agostini, Christian Sarron et tant d’autres qui ont participé avec une joie non feinte aux traditionnelles séances de signatures. La SRC est en effet une des rares manifestations où la proximité public/pilotes est encouragée. Le nouveau Championnat d’Europe Classic Endurance de la Fédération Internationale de Motocyclisme a également été lancé pour cette occasion. Cette compétition singulière réunit sur cinq circuits européens des motos de collection et classiques avec un réel intérêt historique, preuve de l’éclectisme de l’émoi patrimonial. Et puisque que l’on taille la route entre quinquagénaires, rappelons enfin les bougies soufflées par l’emblématique Honda CB750. Avec ses qualités novatrices, on peut comparer ce succès industriel à celui de la Citroën DS d’une quinzaine d’années son aînée, pardonnez l’allitération. Ce modèle mythique paru en 1969 fit en effet pénétrer la motocyclette et sa pratique dans l’ère moderne. Pas moins de 250 collectionneurs venus de toute l’Europe ont vénéré la madone aux quatre silencieux rendant grâce au ciel de l’avoir magnifiée par ses courbes dorées, bleues et rouges… que je ne m’interdirai pas de penser sensuelles.

Jean-Christophe Vila, envoyé spécial

Le circuit Paul Ricard

Situé sur la commune du Castellet, ce circuit qui a été dessiné d’après les conseils de pilotes tels Jean-Pierre Beltoire et Henri Pescarolo ouvre ses portes le 19 octobre 1970. A l’époque, le tracé, le revêtement, les dégagements et les équipements divers en faisaient un des circuits les plus modernes, et a d’ailleurs rapidement accueilli les plus grandes manifestations de sports mécaniques internationales. L’ensemble du site d’environ 1000 hectares est posé sur un plateau calcaire, le tracé actuel offrant 167 combinaisons possibles, la plus grande mesurant 5,8 km, le pilote de Formule 1 Lewis Hamilton l’ayant parcourue en 1 minute et 30 secondes lors des essais qualificatifs du dernier Grand prix de France 2018, soit une vitesse moyenne de 233 km/h ! Après une fermeture qui a affecté nombre de passionnés, l’emblématique « Paul Ricard » réouvre au public en 2009, tout en poursuivant sa modernisation jusqu’à aujourd’hui. 23 événements de diverses importance (il y a même du vélo !) sont proposés à l’année, avec une tarification étudiée pour une fréquentation en hausse. Pour en savoir plus : www.circuitpaulricard.com

Alpes Aventure motofestival

La 3e édition du « Alpes Aventure Motofestival » se déroulera les 6, 7 et 8 septembre à Barcelonnette. Cet événement gratuit (sur inscriptions pour les balades) propose aux passionnés de moto des trajets sur la base de roadbooks fournis par l’organisation. Ainsi, plus de 4000 km de tracés reconnus par Jean-Pierre Bonato himself mèneront les amoureux des grands espaces et des hautes cimes à travers les Alpes du sud (cols de la Bonette, Cayolle, Allos, Larche, Saint-Jean, Vars, Pontis…). Les professionnels de ce tourisme singulier seront également de la fête. Tout en restant accessible, cette manifestation reste respectueuse du joyau qui l’accueille, l’objectif étant la qualité des prestations, l’occasion d’un dernier bol d’air, avant le Bol d’Or des 20, 21 et 22 septembre.

En savoir plus : www.alpesaventuremotofestival.com

Hervé Poncharal

Si un jour la pratique de la moto redevient populaire en France comme elle le l’est en Italie et en Espagne par exemple, ce sera certainement grâce à des personnalités comme Hervé Poncharal (à droite sur la photo). Team Manager de l’équipe française Tech3 évoluant en MotoGp (la catégorie reine de la course moto ou équivalant de la Formule 1 en quatre roues) avec notamment le pilote français Johan Zarco sur des motos autrichiennes, KTM. Le jeune prodige français, Fabio Quartararo qui brille depuis quelques années en Grand prix est issu du championnat… espagnol. Présent à la SRC et se prêtant volontiers au jeu de l’interview, Hervé Poncharal (tout comme Jean-Pierre Bonato dans un autre registre), aura fait plus pour la moto en France que la roue elle-même.