Stationnement de navires à quai : « Une gestion harmonieuse et rationnelle de tous les ports »

A propos du stationnement, ces derniers jours, de navires de Corsica Ferries au môle d’armement et à Brégaillon, Jérôme Giraud, directeur exécutif de Ports Rade de Toulon, CCI Var, apporte d’utiles éclaircissements, rappelant notamment le « Schéma directeur d’électrification des quais de Toulon et de La Seyne ».

Le Seynois : A-t-on voulu « déplacer la pollution » vers La Seyne ?

Jérôme Giraud : Si nous ne parlions pas du problème grave qu’est la pollution atmosphérique, la question prêterait à sourire. La pollution, un peu comme on a pu le dire à l’époque à propos du « nuage » de Tchernobyl, ne s’arrête ni aux frontières, ni aux limites communales…

Ce genre de mouvement est-il exceptionnel ?

Non. Les mouvements de ferries entre postes à quai à Toulon ou La Seyne sont courants. On opère ainsi en cas de saturation des quais à Toulon, de façon quasi hebdomadaire.

Et cette fois, le déplacement des deux navires ?

Un dispositif habituel, je le répète, même s’il s’appliquait cette fois à un cas de figure inédit : le stationnement de trois navires, jour et nuit, sur plusieurs jours consécutifs, en plein confinement des populations, à quelques mètres d’immeubles densément habités.

La dispersion des trois navires, par définition, les a éloignés les uns des autres permettant d’atténuer les nuisances sonores et de vibration. Dans le cas de La Seyne (Brégaillon, môle d’armement), je pense que l’on peut noter que les postes à quai sont éloignés des zones habitées.

Précisément, qui décide de ce genre de mouvements ?

Il s’agit de la gestion ordinaire – que nous voulons la plus rationnelle et la moins polluante possible – des ports de Toulon-La Seyne. Cela se passe entre les acteurs opérationnels du port : à travers la capitainerie, sous couvert de l’autorité portuaire (MTPM), en lien avec l’exploitant du Port (CCI du Var).

Et dans ces cas, vous cherchez à limiter les nuisances ?

Oui, en plus, dans ces cas, la pollution est limitée par l’usage d’un seul groupe électrogène par navire et un carburant à 0,1% de teneur en soufre lors de ses mouvements (alors que la réglementation n’impose que 0,5%*).

Mais sur le long terme, le projet d’ « électrification » des postes à quais ne concerne-t-elle que Toulon ?

Bien sûr que non ! Je le répète, ce que nous combattons, c’est la pollution atmosphérique (Voir plus bas). A l’échelle de la rade, la seule électrification des quais toulonnais supprimera 85 % des fumées et nuisances dues aux navires en escale. Et bien entendu, il s’agit d’un projet global, financé par la Métropole avec l’appui de la Région, et qui concerne l’ensemble DES ports de la Rade : Toulon, Brégaillon, le môle d’armement à La Seyne, etc.

Quel est le projet ?

A terme, il s’agit de l’électrification en vue du branchement à quai de 100% des quais de Toulon et La Seyne. Cela permettra l’élimination totale de l’utilisation de carburants polluants par les navires, durant leurs escales longues.

A l’échelle de la rade est travaillé un « Schéma directeur d’électrification des navires à quai des ports de Toulon et de La Seyne-sur-Mer », dont la première étape est une étude dédiée et cofinancée par la CCI du Var et la Région Sud (100 000 €), livrée fin 2019 par le cabinet CAPINGELEC.

Comment expliquer le « phasage » de cette électrification, qui va commencer par Toulon ?

Il faut savoir que si les collectivités (TPM, Région), apportent un investissement conséquent sur les quais, le dispositif ne peut se mettre en place que si les armateurs équipent leurs navires afin qu’ils soient connectables.

A Toulon, l’armateur Corsica Ferries, qui représente 90% des escales civiles, s’y est engagé, et les travaux à quai menés par la Métropole et Enedis sont donc lancés et coordonnés avec ceux de l’armateur.

A La Seyne-sur-Mer, les besoins techniques ont été estimés pour l’ensemble des postes à quai (dont le terminal Fret de Brégaillon et le terminal Croisière du Môle d’Armement), et ne pourront être affinés, et se traduire en travaux effectifs que lorsqu’un (ou des) armateur(s) assurera(ront) des escales régulières sur ces terminaux et seront eux-mêmes en cours de transformation de leurs navires. En effet l’approche ne peut être menée sans les armateurs, au risque d’investir de l’argent public dans des équipements qui ne seront jamais utilisés.

Propos recueillis par la rédaction du Seynois

* Basse teneur en soufre (BTS) et même Très basse teneur en soufre (TBTS). La proportion de soufre dans le carburant marin était autorisée à 3,5% en 2019, puis la norme a été amenée à 0,5% en 2020. Il a été décidé qu’à partir de février 2020, Corsica Ferries se limiterait à 0,1%.

La pollution atmosphérique, tous concernés

Vérité première : la pollution atmosphérique est bien réelle, et doit être combattue (au moins) à l’échelle de tout un territoire. Constat : La Seyne-sur-Mer, au vu de sa position naturelle, est légèrement plus épargnée que Toulon. Les Toulonnais, sur une année, subissent en moyenne 21% de plus de pollution de l’air que les Seynois, alors que l’essentiel de l’activité industrielle et industrialo-portuaire de TPM s’exerce à La Seyne (statistiques AtmoSud). « Cette réalité de moindre pollution seynoise ne me réjouit pas pour autant, souligne Marc Vuillemot, maire de La Seyne-sur-Mer. D’une part, parce que c’est encore trop pour l’ensemble de la métropole, où qu’on réside, même si la pollution de l’air, sur les dernières années, grâce aux efforts de tous, est en réelle diminution. Mais aussi parce que, contrairement à d’autres, il n’est pas dans mes habitudes de jouer une ville contre une autre. »

Marc Vuillemot : Le « nous tous » solidaire

« Chacun comprendra les raisons qui conduisent à ce que les aménagements soient phasés en commençant par le terminal passagers de Toulon (sauf pour les quais seynois destinés aux bateaux de plaisance, dont le chantier d’électrification vient de s’achever). C’est l’intérêt général intercommunal. La situation que nous vivons demande plus que jamais de faire cause commune, en rejetant toute compétition égocentrée. Le « nous tous » solidaire et engagé devrait émerger de la catastrophe sanitaire et demeurer notre comportement de « l’après ». »