Les pompiers de La Seyne fêtent leurs 70 ans

Créé le 26 janvier 1945, sur délibération municipale, le premier Corps des sapeurs-pompiers a pris ses fonctions avec quatorze membres fondateurs, tous volontaires. Aujourd’hui, 220 pompiers, dont la moitié de professionnels, composent l’effectif de la caserne.

Réunis en session extraordinaire autour du maire, le Dr Jean Sauvet, dix-sept conseillers municipaux votent à l’unanimité, la création du premier Corps des sapeurs-pompiers. Le 1er avril 1945, la prise de fonction est effective. Parmi les quatorze membres, certains ont effectué leurs premières armes dans la défense passive de la protection civile, au cours de la précédente guerre de 39-45. Véritables précurseurs, ces volontaires ont ouvert la voie avec des moyens et équipements désuets, qui feraient largement sourire aujourd’hui.

Pompier volontaire

Marius Don, 85 ans, est l’un des derniers vétérans du Corps des sapeurs-pompiers, avec l’adjudant Jean Di Pilla. Nombreux ont disparu, en cours de route. Marius n’a rien oublié de cette époque et la relate avec plaisir. A 28 ans, employé municipal, il travaille dans l’atelier de nettoiement situé en face de la caserne Maréchal-Juin, avec André Debals, qui a rejoint les sapeurs-pompiers. Chef de corps, celui-ci propose à Marius de le rejoindre et de s’occuper du secrétariat.

«A l’atelier, nous avions des astreintes, les samedis et dimanches, et j’avais des activités syndicales. Alors, j’ai promis à André Debals de rentrer aux pompiers lorsque je serais libre».

Le 1er mai 1965, à 35 ans, Marius Don, marié, deux enfants, fait son entrée à la caserne  »Juin ». A l’époque, pas de pompiers professionnels, seulement des volontaires, et un effectif de 18 personnes.

«Les trois-quarts des pompiers volontaires étaient des employés municipaux. Cela nous permettait, lors des grands feux d’étés, d’intervenir. Nous étions alors libérés».

L’activité physique est importante, ce qui n’est pas pour déplaire à Marius, sportif. Marche, footing, parcours rapide. Les entraînements s’enchaînent. Il faut apprendre à tirer les lourds tuyaux, à sortir des blessés prisonniers des véhicules…

«L’équipe était très soudée. D’ailleurs, on ne peut faire autrement. Il faut pouvoir compter les uns sur les autres. Si l’un de nous est en danger, l’autre doit pouvoir le sauver. Il m’est arrivé d’être un jour dans le feu, et les copains m’ont tiré avec le tuyau pour me sortir de là».

Après le décès d’André Debals, l’officier Sauveur Amico, des sapeurs-pompiers d’Avignon, vient prendre la direction du corps : «Comme il lui fallait l’examen de monitorat de secourisme pour être nommé, nous sommes allés ensemble faire le stage».

Des permanents à la caserne

En 1968, Marius et d’autres pompiers volontaires deviennent permanents. «Toujours employés municipaux, nous venions au centre de secours assurer à tour de rôle, une permanence pour la journée». Les pompiers titulaires du monitorat dispensent aussi des cours de secourisme au personnel de Mammouth, de Monoprix, à des employés municipaux, des collégiens, et même à de futurs ambulanciers.

«Ce sont les pompiers qui ont commencé les cours de secourisme. Par la suite, il y avait trop de travail à la caserne et les associations ont repris le flambeau. Dès que nous avons été formés, nous avons pu assurer le secours routier. Avant, c’était la Croix-Rouge qui tenait des permanences à la caserne».

La vie des soldats du feu est rythmée par la sirène, et le «Pin-Pon» des véhicules incendies ou de secours devient familier à la population, qui connaît encore assez mal les multiples activités des sapeurs-pompiers.

«La peur, sur le coup, on ne la ressent pas, trop occupés à combattre le feu. Après seulement, on réalise».

Pendant plusieurs années, l’effectif répond à l’appel de la sirène ville, déclenchée lors d’un incendie ou de demande de secours. Les pompiers sont dispersés dans toute la ville.

«Un jour, j’ai demandé si nous pouvions avoir des appartements de fonctions. La Ville a alors donné un terrain aux HLM qui ont construit l’immeuble  »Le Marquet ». Les appartements étaient reliés par sonnerie avec le centre de secours. Quand l’alerte était donnée, l’équipe de garde partait en intervention. Par la suite, nous avons pu coucher à la caserne».

Premiers pompiers professionnels

L’année 1976 marque un tournant dans l’histoire des sapeurs pompiers, avec l’arrivée de professionnels. Ayant passé l’âge, Marius Don ne peut y prétendre. Il restera tout de même à  »Juin » jusqu’en 90, l’année de sa retraite.

«A la retraite, j’ai créé la section des retraités, au sein de l’Amicale des sapeurs-pompiers de La Seyne-sur-Mer. J’étais aussi responsable du bureau départemental, pendant 20 ans. Maintenant, je continue de faire des permanences».

En novembre 2009, une partie de la caserne Maréchal-Juin a été transférée au centre de secours, chemin de Mauvèou. «Pendant longtemps, on a attendu d’avoir une caserne  »comme il faut ». On faisait avec les moyens du bord».

Habitant toujours au Marquet, en face de la caserne  »Juin » l’ex-pompier leur rend souvent visite et aime parler avec les plus jeunes. «Ils ne connaissent pas notre histoire et ignorent qu’il y a eu des membres fondateurs pour créer la base, alors je raconte».

Pour lui, la vocation des sapeurs-pompiers est différente : «Les sapeurs pompiers ne resteront plus 25 ou 30 ans. Beaucoup de jeunes viennent par manque de travail, ils restent peu, un an ou deux, parfois moins. Dès qu’ils trouvent un travail, ils partent. Ils ne peuvent assurer le rôle de pompier volontaire, on en a de moins en moins».

chantal.campana@la-seyne.fr