Poème du 11 novembre

Mercredi 11 novembre, les élèves de 3°7 et 3°4 du collège Wallon devaient prononcer le poème qui suit, rédigé par leurs soins, en mémoire des soldats morts pour la France entre 1914 et 1918.

C’est aujourd’hui le 11 novembre 2015, un jour de mémoire.

Déjà 97 ans que vous rendiez la France libre, que vous marquiez l’histoire.

Nous sommes tous ici rassemblés pour vous rendre hommage

A vous, soldats, dont nous n’oublions pas le courage

Celui de prendre les armes et d’aller sur le front

A vous, mères, pères, frères et sœurs,

A tous ceux qui ont perdu un des leurs.

C’est pour honorer votre bravoure

Que nous écrivons ces vers à l’encre rouge.

Vous, vous écriviez vos espoirs, vos doutes, l’affreuse réalité

Dans vos lettres de poilus que nous avons étudiées.

Vous ne saviez pas alors que vos témoignages si durs :

Le manque d’hygiène, de repos et de nourriture

Marqueraient bien des années après nos esprits d’adolescents

Votre combat nous a épargné de voir couler le sang.

Vous n’aviez que quelques années de plus que nous

Lorsque vous partiez vous battre dans les tranchées, dans la boue.

Vous supportiez la douleur, l’odeur des corps décomposés

Les gaz lacrymogènes suffocants, le bruit des grenades dégoupillées

Beaucoup d’entre vous êtes morts ou blessés

Beaucoup d’entre vous surnommés les gueules cassées.

De la Marne à la Somme en passant par Verdun

Nous apprenons vos combats un par un

Mais nous ne pouvons imaginer à quel point ce fut l’horreur.

Pourtant, vos mots : Georges, Gaston

Et tous ceux dont nous ne connaissons pas les noms

Résonnent dans nos têtes.

Que les valeurs humaines que vous défendiez tant :

Le partage, la solidarité jusqu’au remords d’être encore vivants

Nous servent d’exemple.

Le discours du maire, marc Vuillemot, a l’occasion des cérémonies du11 novembre 2015 :

Rd-Point du 11 novembre. Début des commémorations de l'Armistice

Le 28 juin 1914, les télégraphes avaient répandu la nouvelle de l’assassinat de l’héritier d’Autriche-Hongrie à Sarajevo. Il n’aura fallu que cinq semaines, l’assassinat de Jaurès le 31 juillet, pour que la première guerre mondiale éclate le 1er août.

17 millions de morts, 37 millions de victimes.

Cette guerre devait être rapide et limitée. Elle fut longue et mondiale.

Les Français partent au front, sûrs d’eux-mêmes, revanchards – La France avait perdu l’Alsace et la Lorraine en 1870 – Ils sont persuadés que la victoire sera rapide. Ils partent pour défendre la Patrie et pour l’idée qu’ils se faisaient de la République.

En août 14, ces hommes ont en tête l’esprit de devoir et de sacrifice, ils ne savent pas qu’ils vont vivre l’enfer, les tranchées, le vacarme assourdissant des bombes, le froid et l’humidité qui corrompt tout… et la peur … qui vrille les cerveaux les plus équilibrés. Ils ne savent pas que subir la vermine et la faim ne les sauvera pas d’être réduits à de la chair à canon.

Les belligérants disent croire en la paix mais rêvent d’en découdre, les ambitions territoriales, politiques, économiques sont les moteurs infernaux de la confrontation. Ce sera une effroyable boucherie où la troupe mourra par milliers pour gagner cent mètres, cent mètres reperdus dans la foulée. En novembre 1915, les hommes ne savent pas encore que le 21 février débutera la bataille de Verdun qui ne se terminera que le 19 décembre 1916.

Cette guerre reste gravée en lettres de feu dans la mémoire collective. Des hectares entiers sont laissés en friche du fait des sols ravagés, à jamais souillés par les métaux lourds, les gaz, les munitions, inertes ou pas. Notre ville, la rue Aimé Genoud, en a encore tout récemment été le témoin en voyant réapparaître une grenade offensive, heureusement inopérante, datant de cette époque.

En Europe, on dit, aujourd’hui encore, simplement, la « Grande Guerre ».

La conviction des soldats qui l’ont fait était que s’ils en revenaient, ils n’oublieraient jamais, absolument jamais. Le choc, planétaire, était tel que la réaction unanime s’exprimât en « plus jamais çà ! ». Vingt et une années passèrent, et ce fut la Seconde Guerre mondiale et ses horreurs. « Plus jamais çà ! ». Il y a encore peu, il semblait inconcevable qu’une guerre puisse éclater au cœur de l’Europe…

Las ! Le temps passant, la mémoire catégorielle reprend ses droits. L’émotion qui recouvre de son voile les divergences et les disparités se délite et les hommes reprennent les chemins tortueux des différences, des ostracismes, des hostilités conquérantes.

C’est ainsi, pour s’unir, il faut OU un grand malheur partagé ou un ennemi à haïr ensemble ! L’union dans la compassion ne dure que le temps du chagrin, alors qu’est essentialisée l’union contre cet autre, forcément barbare, accapareur, irrédentiste, ennemi de la nation pensée comme un sanctuaire réservé. La voie de la guerre excite le cœur des hommes oublieux !

Lorsque je célèbre avec vous le 11 novembre 1918, je me sens Français ; lorsque que la cérémonie se tient en 2015, je me sens Français et Européen et Méditerranéen ; lorsque je le fais après la récente découverte d’un nouvel ancêtre commun du genre Homo, Homo Naledi, qui vécut il y a près de 1,9 Ma en Afrique du sud et qui, nous disent les anthropologues, possède déjà une certaine maîtrise du feu… je me sens solidaire de toute l’espèce humaine (une seule espèce, dois-je le rappeler ?). Et, de fait, par devers moi et comme vous tous, grain de poussière, je participe à l’incroyable aventure de Homo Erectus qui devînt Sapiens… eux, vous et moi.

Récemment, le musée de l’Homme à réouvert à Paris. Que dit son Commissaire général ? « La question cruciale du XXIème siècle est : Comment l’homme va t-il s’adapter à lui-même ? »

Voilà une question qu’elle est bonne ! Nous vivons des contrastes étonnants : ils vont du rassemblement humaniste du 11 janvier, repris dans le monde entier, au repli égoïste devant les fugitifs qui viennent de Syrie, d’Erythrée ou d’ailleurs.

Depuis la Révolution, deux France s’affrontent. L’une défend Dreyfus, la loi Combes, la laïcité (elle fut et est encore majoritaire) ; l’autre, d’essence monarchique, aristocrate, ultra-réactionnaire, est restée raciste, farouchement nationaliste.

Dans la crise profonde que nous vivons, économique, de civilisation, cette dernière progresse dans les esprits, y compris républicains… sera-t-elle un jour majoritaire ?

Souvenons-nous, devant ce monument, nul acquis n’est irréversible, y compris la démocratie.

Ce qui ne se régénère pas dégénère. Les sciences, les techniques pointues, ont amélioré, considérablement, notre quotidien, mais elles ont échoué à réaliser ce que fut le projet des Lumières : l’émancipation des individus, la paix entre les nations, l’idéal égalitaire, l’avènement de la fraternité.

Nos certitudes vacillent, l’évidence de la destinée humaine s’est troublée. L’espoir d’un monde meilleur – plus jamais ça – a tourné court avec les totalitarismes et l’emballement du capitalisme. Pourtant les chemins existent pour une civilisation plus solidaire, plus fraternelle, qui s’oppose à l’hégémonie du profit, du calcul, de la quantité et de l’anonymat.

Alors pas de nostalgie, pas de résignation. Un philosophe contemporain dit ceci : « Le fait de ne pas être réconcilié avec son passé constitue peut-être le seul moyen d’avoir un avenir ». Continuons à travailler à la construction d’un avenir qui serait solidaire de l’humanité, respectueux de la liberté, de l’autonomie personnelle, qui rechercherait une société meilleure, consciente de sa communauté de destin, dans une relation réfléchie et vitale à la nature.

Vive la liberté, vive la paix, vive la République !

LE déroulé des cérémonies :

9h30 : Minute de silence au rond-point du 11 novembre 1918

9h45 : Allocution d’un représentant de l’ANCAC et dépôt de gerbes à la gare SNCF

10h15 : Dépôt de gerbes Porte des anciens chantiers

10h30 : Rassemblement et formation du cortège place Martel Esprit

10h35 : Défilé de la place Martel Esprit au Monument au Morts

10h45 : Allocutions et dépôts de gerbes au Monument aux Morts

11h30 : Apéritif à la Bourse du Travail