Des centaines de Seynois saluent Daniel Hugonnet à la Bourse du Travail

Hier, jeudi 21 février, plusieurs centaines de seynois sont venus rendre un dernier hommage à Daniel Hugonnet à la Bourse du travail. Le retour en images et le discours du maire, Marc Vuillemot.

Le discours du maire, Marc Vuillemot, en hommage à Daniel Hugonnet

« Lorsque, jeudi dernier, la nouvelle de la disparition de Daniel Hugonnet s’est répandue dans la ville, nous avons été très nombreux à nous remémorer des petits et grands moments que les uns et les autres avons passés avec lui.

« Depuis une semaine, nous n’avons cessé de partager des anecdotes et les grandes choses qui auront jalonné une vie hors du commun, d’une intensité et d’une complexité étonnantes. Une vie qui aura durablement marqué notre commune, en ce qu’elle est de son collectif en partage, par les actes et les réalisations qu’il a portés à bout de bras et dont les enfants de nos enfants profiteront encore. Mais qui aura compté aussi pour tant d’entre nous, en nos personnes singulières, par l’éveil habile que Daniel a instillé à nos consciences, par ses sentences subtilement édictées, et par les rails et aiguillages qu’il a su placer sur les voies de nos propres existences.

« Oui, en actes dits comme en propos agis, le verbe de Daniel était à l’image de ces langues rares aux multiples cas de déclinaisons, aux nombreux modes de conjugaisons, aux plurielles désinences, mais la phrase implexe de sa vie était puissamment nouée.

« Complexe. Il aurait pu nous donner à nous réunir aujourd’hui autour de sa dépouille sous la voûte d’un lieu de culte. Venu de la région lyonnaise, il a en effet passé ses jeunes années à l’Institution Sainte-Marie, il prenait part aux retrouvailles de l’association des anciens des Maristes et aux agapes mensuelles de celle des « anciens très anciens ».

« Il a été forgé par ces Pères de la Société de Marie dont il ne manquait jamais de rappeler tel ou tel fait d’âme, en bien ou en mal, et il était à mes côtés pour honorer les derniers très vieux religieux lors de leur départ définitif de La Seyne.

« Il entretenait aussi une relation de vraie connivence active avec les prêtres ouvriers, sœurs, diacres et laïcs de la Mission de France, ces religieux qu’on rencontre où on ne les attend pas, mais aussi avec ceux de l’aumônerie des jeunes du lycée Beaussier, ou encore avec les Dominicains du centre international de la Sainte-Baume.

« On me pardonnera une pensée pour deux de ses amis curés, les deux Jean-Pierre : Agret, disparu trop jeune, et l’autre, Margier, son complice en insertion sociale, aussi célibataire que lui, et mort comme lui, comme un pied-de-nez au destin, un jour de Saint-Valentin.

« Et, malgré ce parcours, Daniel a choisi un départ rigoureusement et sobrement laïc, mais il plane tout de même pour beaucoup une énigme sur sa relation réelle à ce qu’un Président de la France appelait les « forces de l’esprit ».

« Complexe. Et intense. Quand il découvre le judo au lendemain de la guerre, il n’a de cesse d’aller au plus vite au bout de son engagement, vite jusqu’à l’obtention de la ceinture noire, et de la ceinture marron de jiu-jitsu, vite jusqu’à son investissement comme adjoint du professeur de son club, et vite jusqu’à son implication dans les instances de la fédération.

« C’est peut-être là qu’il a attrapé le virus de l’éducation, celle de tous les instants, de tous les lieux de vie, de toutes les situations, de tous les âges. Celle dont les amis de l’OMASE ont si bien parlé et sur laquelle je ne reviendrai pas.

« Il aurait simplement dû mettre à profit sa formation d’imprimeur pour prendre le relais de son père à la tête de l’entreprise familiale, en pleine croissance avec son installation à l’avenue Mazen. Mais c’est ce virus de la confiance en des êtres aptes à leur propre progrès qui l’a conduit, comme si rien n’était plus naturel, à devenir maître d’apprentissage, puis moniteur-éducateur, puis éducateur technique, puis animateur socio-éducatif, délaissant un confort de vie tout tracé afin d’acquérir et toujours parfaire ses aptitudes de transmetteur inlassable de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être, dans l’entreprise et dans la vie.

« Intense et complexe. Il devait être patron et il choisit d’être employé comme simple livreur dans l’imprimerie paternelle afin de se consacrer pleinement à son activité publique et associative.

« Il fut de la bourgeoisie commerçante locale et il fut communiste. Il l’a été à fond. Et au fond il l’était toujours.

« Entré dans l’équipe municipale en 1971 avec Philippe Giovannini, il a eu tôt fait, dès son adhésion au Parti communiste français, d’y suivre toutes les écoles du système pyramidal de formation des militants, avec à son sommet l’école centrale, rare Seynois à avoir connu ce lieu dédié à l’instruction des futurs cadres, à l’homogénéisation des pratiques de direction et de l’idéologie.

« Fort de ses acquis politiques venus en alliés de sa formation professionnelle, il aura été la fondation et la clef de voûte de d’un véritable projet social et éducatif communal, plaçant, dans tous leurs temps de vie, les enfants et les jeunes au cœur d’une attention globale, constante, et partagée, de la puissance publique et des associations.

« Si quelques-uns de ses camarades d’alors ne l’ont pas suivi avec un enthousiasme débordant, il avait la confiance totale de Philippe Giovannini puis gagné celle de Maurice Blanc, avant celle d’autres élus, y compris du « camp d’en face ». De fait, les wagons municipaux qu’il a mis sur les rails du début des années 70 jusqu’en 1984 poursuivent leur route aujourd’hui, et il est rare qu’une année n’en voie d’autres s’accrocher à la longue rame solidaire et formatrice qu’il a imaginée et conçue avec nous.

« Sa vie au service de la formation aura eu une consécration en 2002 avec la remise la médaille d’or de la jeunesse, des sports et de la vie associative. Mais c’est presque un détail.

« Intense. S’il fut élu délégué à l’action socio-éducative, il fut également le premier à être en charge de l’environnement.

« Des milliers de Seynois de tous âges se remémorent leur participation active aux opérations de reboisement de la forêt de Janas qu’il a organisées, des années durant, après les incendies qui affectèrent notre massif forestier, débouchant sur la création de l’association toujours très active desAmis de Janas et du Cap Sicié.

« On lui doit aussi la réalisation de nos CRAPA, ces circuits d’activités physiques et sportives en cœur de forêt, et également un concours décisif au choix de la réalisation d’Amphitria, notre station d’épuration des eaux usées.

« Et, anticipant les dégâts irrémédiables du chancre coloré, c’est à lui qu’on doit que le boulevard Stalingrad soit bordé de micocouliers au lieu de traditionnels platanes. Je sais que ceux qui l’ignoraient chemineront désormais autrement sur la grande avenue de notre entrée de ville.

« Et c’est aussi grâce à lui que la culture s’est invitée au milieu de la nature, puisqu’il fit du Fort Napoléon abandonné par la Défense nationale le centre culturel que l’on connaît aujourd’hui, dont la notoriété rayonne bien au-delà de nos limites communales.

« Il aura ainsi vécu à très grande vitesse ses passions professionnelles, publiques et associatives, un peu comme s’il les avait conduites à bord de ces voitures rapides qu’il affectionnait tant de piloter de son œil unique rescapé des éclats d’obus de la guerre, depuis sa Gordini jusqu’à sa dernière Citroën C2 125 CV, ou de ce train pendulaire qu’il a imaginé à temps perdu ces dernières années et dont il a eu le toupet d’aller présenter le projet technologiquement abouti à Genève, chez le géant de l’industrie Bombardier.

« Intense, complexe, à l’image de ce système ferroviaire de pendulation active qu’il a conçu pour que nul, hormis quelques rares qui auront eu le tort ou la malchance de rester sur le quai, n’ait eu à souffrir de la force centrifuge résultant de la célérité du train dans les courbes, nombreuses pour contourner les multiples obstacles, pas tous naturels ou fortuits, de cette existence de partage et de convivialité à bord de laquelle Daniel Hugonnet a embarqué tant d’entre nous.

« La Seyne pleure un de ses grands mécaniciens de motrice.

« Vous avez ouvert bien des voies. On n’a pas fini de parler de vous, Monsieur Hugonnet, de toi, Hugonnacci, l’Oncle, Tonton, Daniel. »