Michel Hervi : autour du globe

Officier électronicien chez Orange marine, Michel Hervi a passé l’essentiel de sa carrière sur les navires câbliers. Une passion qui conduit ce père de deux grandes filles à régulièrement “rempiler”.

Six janvier 1981. Le Marcel Bayard est en feu dans la darse des câbliers. Attisé par un fort mistral, le foyer détruit entièrement le navire amarré à Brégaillon. « Je devais partir le lendemain pour les Bermudes », se souvient Michel Hervi, alors officier radio. Seynois depuis 1979, ce Breton de l’Evescat commence sa carrière au début des années 70 : « Je gérais la maintenance (nourriture, communications) sur des caboteurs à Madagascar », poursuit-il. A l’époque, communiquer revient à utiliser le morse par manipulateur (notre photo ci-dessous). La graphie était le principal moyen de communication. De retour en France, le Malouin passe un diplôme des P & T à l’école de la Marine marchande de Nantes. « Sursitaire, j’ai ensuite fait mon service dans la Marine nationale sur un dragueur de mines, un remorqueur de haute mer et un ravitailleur en kérozène ». De retour dans le civil, Michel Hervi rembarque, cette fois-ci au service d’Usinor et Péchiney : « Il s’agissait de charger sur minéralier du minerai de fer à Port-Etienne (Mauritanie) et de l’aluminium à Douala (Cameroun) ». Son entrée aux câbles sous-marins survient en 1978. « Par hasard », confie-t-il humblement. Son arrivée à La Seyne lui évoque « une ville industrieuse, avec ses milliers d’ouvriers » : « L’Ampère et le Bayard y étaient entretenus. Le premier couvrait la Méditerranée et le second l’Atlantique. C’étaient des navires très bien équipés en moyens de communication reliés à Saint-Lys Radio (ancienne station de radio maritime située près de Toulouse) ». Le sinistre du Bayard conduit France Télécom Marine à le remplacer par le Léon-Thévenin et le Raymond-Croze.  « Deux sisterships prêts à partir dans les 12 heures pour réparer un câble », raconte-t-il. Séismes, palangriers, chalutiers, mouillages de navires ou même morsures de requin, les causes de rupture sont multiples : « Grâce au GPS différentiel, nous avons une précision parfaite pour la localisation des défauts jusqu’à 5 000 mètres de profondeur ». Et du coaxial à la fibre optique, les communications planétaires passent du téléphone à Internet, renforçant le rôle stratégique des câbliers : « En 2010, Orange Marine a racheté l’italien Elettra. Et en 2016, elle a installé le câble SEA-ME-WE 5 reliant la France à Singapour via… Les Sablettes », témoigne Michel Hervi, qui supervisa en 2001 la construction du René-Descartes à Pusan (Corée du Sud). Aujourd’hui, malgré sa retraite, ce grand-père de trois petits-enfants repart régulièrement en mission. Il embarque le mois prochain pour l’Afrique du Sud…

gwendal.audran@la-seyne.fr