Marches exploratoires : Les femmes ont regardé leur quartier « autrement »

Vingt-trois « exploratrices », habitantes de Berthe, ont posé leur regard – et leur diagnostic- sur leur quartier. Elles ont livré leur bilan en décembre dernier.

De jour comme de nuit, ces vingt-trois Seynoises ont marché dans leur quartier, Berthe. Ce 17 décembre, soit près d’un an après « la mise en construction de l’équipe citoyenne (qu’elles forment désormais) », selon la sociologue Dominique Poggi, elles exposaient leur rapport aux élus et représentants de la Ville et de l’État. « C’est la première fois que cette expérience est menée dans le Var », a souligné la déléguée départementale aux Droits des femmes, Chantal Molinès. Les Marches exploratoires ont en effet fait l’objet d’un appel à projets national lancé par France Médiation, et de l’avis de Dominique Poggi, intervenante pour cette association, l’initiative « s’est remarquablement bien développée ici ». Cette dernière était à La Seyne pour aider les « exploratrices » à organiser la restitution de leur travail, avec l’objectif qu’elles « se reconnaissent elles-mêmes comme sachantes et qu’elles soient reconnues. » Un objectif bel et bien atteint au bout d’un parcours qui s’est fait en plusieurs étapes. « Les femmes ont donné de leur temps, tous les mercredis », rapporte Nora Faouzi, médiatrice associative (Femme dans la cité), coordonnatrice du projet avec Nejla Boguerra, habitante-relais et Myriam Boceiri, chargée de mission pour la Ville.

Les « exploratrices » ont ainsi réalisé un diagnostic de leur environnement urbain quasi-millimétré pour ensuite exprimer des propositions très concrètes touchant à la sécurité routière, l’éclairage public, la signalisation… Avec la volonté de « réduire le sentiment d’insécurité » et de disposer « d’espaces de convivialité ».

Le maire Marc Vuillemot n’y a vu que « des suggestions de bon sens et pas irréalistes ». La plupart de celles n’impliquant que l’intervention des services municipaux ont d’ailleurs pu être satisfaites (lire ci-après). Quant à ces femmes qui se sont saisies de l’opportunité « de regarder [leur] quartier autrement », elles se disent animées par l’« envie de continuer ».

laurence.artaud@la-seyne.fr

Le 17 décembre, en salle du conseil municipal, les « exploratrices » ont dressé un bilan de leur travail.

Ce qu’elles en disent…

Bouchra Réano, conseillère municipale déléguée notamment à la promotion de l’égalité des genres dans l’espace public : « Il nous paraît inconcevable qu’il y ait des zones de non-droit pour les femmes, il faut vraiment faire en sorte que la femme retrouve sa place. Dans les conseils de quartiers, par exemple, il y a une majorité d’hommes. J’invite donc les femmes à y participer. »

Marie Bouchez, adjointe déléguée à la politique de la ville : « L’implication citoyenne a été remarquable dans ce projet. La Seyne est une ville féministe, et au plus elle le sera, plus ça améliorera le vivre-ensemble. »

Dominique Poggi, sociologue (intervenante pour France Médiation) : « Le droit à la ville est un droit citoyen fondamental, c’est essentiel pour faire vraiment partie de la société. Agir pour la liberté et la tranquillité des femmes dans l’espace public implique d’avoir une vision plus ample que le seul aspect sécuritaire, cela passe aussi par la convivialité et le bien vivre ensemble. Or, les habitantes elles-mêmes sont des expertes dans leur quartier et à La Seyne, j’ai observé une vraie dynamique. L’équipe projet a bien travaillé, les habitantes sont très motivées et déterminées. Elles ont démontré qu’elles constituaient une véritable force de proposition, et pas seulement pour dire ce qui ne va pas. »

Chantal Molinès, déléguée départementale aux Droits des femmes : « Je ne suis pas étonnée que cette expérience ait pu être menée à La Seyne, car c’est une ville qui œuvre en faveur du droit des femmes. »

Jamila Ari, directrice de l’association Femme dans la cité : « C’est l’une des rares villes où on nous donne la parole. Ce qu’on retient de cette expérience? Notre droit à l’expression. Quand on est une femme, qui plus est dans un quartier populaire, cela ne va pas de soi. Il y a des forces vives dans le quartier, les femmes en font partie. »

Nora Faouzi, médiatrice associative (Femme dans la cité) : « Ces marches exploratoires, c’était une super expérience du début à la fin. On s’est beaucoup investi, et que tout le travail que nous avons fait puisse aboutir, c’était très important. »

Myriam Boceiri, chargée de mission pour la Ville : « C’est une belle expérience. J’ai rencontré des femmes engagées, nous avons vécu un beau moment de partage. »

Les habitantes « exploratrices » : « Ce quartier, on y vit et on n’a pas envie de subir. » « On doit être des militantes et ne pas se résigner à rester chez soi. On travaille, on se bat pour la liberté de la femme et sa place dans la société. » « Nous ne sommes pas des femmes soumises, ce n’est pas vrai. Des personnes parlent souvent pour nous, et là, on dit stop. ». « Les hommes ont leur place, mais nous aussi on existe. On veut aller dans tous les lieux où vont les hommes. On a notre mot à dire, et là, on nous donne la parole. » « C’était une expérience très positive qui nous a mis le pied à l’étrier. C’est un bon début, mais on ne va pas s’arrêter. »

Quelle traduction concrète des Marches exploratoires ?

Le diagnostic de l’environnement urbain réalisé par les participantes aux Marches exploratoire a été traduit par des objectifs précisément définis. Quelques exemples de requêtes formulées et de réponses apportées.

Pour améliorer de la sécurité routière

– Mise en place de deux Stop avenue Bartolini (opération réalisée par les services techniques de la Ville)

– Matérialisation de passages piétons : au croisement du boulevard Rostand et de l’avenue Vilar (opération réalisée par les services techniques de la Ville ) ; avenue Lamarque, des passages protégés seront intégrés dans un projet global comprenant trottoirs, accès PMR… (programmé en 2019 par les services techniques de la Ville).

– Rafraîchissement général des marquages au sol (opération réalisée par les services techniques de la Ville)

– Signalisation pour l’école Jean-Zay, avenue Bartolini (opération réalisée par les services techniques de la Ville)

Pour améliorer de l’éclairage public

– Élagage des arbres autour des points lumineux, avenue Bartolini (opération réalisée par le service municipal des espaces verts)

Les « exploratrices » ont également émis le souhait de participer aux réflexions sur l’aménagement urbain et l’usage de l’espace public. En ce qui concerne la friche du Germinal, la requête a été satisfaite. Elles souhaitent faire de même pour les places Saint-Jean et du Germinal. Et réclament des abris-bus à tous les arrêts du Réseau Mistral.

La création d’espaces de convivialité fait aussi partie des suggestions : les habitantes participantes préconisent l’aménagement d’aires de jeux destinées aux différentes tranches d’âges des enfants. C’est désormais le cas à l’Esaj (opération suivie par le pôle Vivre-ensemble de la Ville). Mais elles souhaitent encore que soient retracés les jeux marqués au sol (suivi par le bailleur social Terres du Sud Habitat), et que soient développées les animations ludo-sportives aux pieds des tours.

Afin d’améliorer la signalisation, l’idée de réaliser un plan du quartier à afficher aux entrées s’est également faite entendre (prévu en 2019). Mais les femmes réclament également un plan par lotissement.

Et enfin, pour réduire le sentiment d’insécurité sur l’ensemble du quartier, les « exploratrices » préconisent d’agir sur les incivilités routières en contrôlant les excès de vitesse, elles exhortent la puissance publique à assurer la sécurité du territoire face à la montée du trafic de stupéfiants. Et pour les mêmes raisons, à détruire la tour du Gère.