CNIM : sauver notre fleuron industriel

En l’absence de repreneur satisfaisant, le ministre de l’économie Bruno Le Maire a annoncé mardi 29 septembre au président de la Métropole TPM l’octroi d’un prêt d’Etat au groupe CNIM. Madame le maire, Nathalie Bicais, et son premier adjoint Jean-Pierre Colin, Vice-présidents de TPM, étaient au côté d’Hubert Falco ce 1er octobre sur le site de Brégaillon pour défendre ce fleuron industriel du Pôle Mer Méditerranée à vocation mondiale.

« On n’a pas le droit de dire n’importe quoi. Bruno Le Maire m’a confirmé qu’aucune offre franco-française valable n’avait à ce jour été reçue ». Au cœur de la zone industrialo-portuaire de Brégaillon, le président de la Métropole met les points sur les i. « Ce sujet est trop sensible et sérieux pour qu’il puisse être utilisé à des fins politiciennes », tance Hubert Falco devant la presse et les syndicats. En toile de fond, l’avenir de 1 200 salariés – hors sous-traitants – suspendu à un protocole de conciliation donnant 12 mois aux CNIM pour rembourser ses créanciers (*) : « C’est bien trop court. Comment accepter que tant d’emplois puissent être menacés ? ».

En l’absence de repreneur global répondant aux impératifs de sécurité nationale, de logique industrielle et de maintien de l’emploi, l’Etat reste donc vigilant : « Afin d’appréhender l’avenir de manière plus sereine, Louis-Roch Burgard, directeur général du groupe CNIM, pourra négocier un prêt d’Etat, m’a assuré M. le ministre Bruno Le Maire », rapporte Hubert Falco.

Après avoir salué la présence du président Hubert Falco, madame le maire, Nathalie Bicais, vice-président de TPM, a rappelé l’importance des CNIM à La Seyne-sur-Mer : « C’est à la fois notre histoire et un enjeu de société. Nous avons trop connu, avec les chantiers, ce que constitue la casse d’un outil. On a l’impression de voir brader un fleuron industriel, peut-être encore mal identifié par chacun. Ce prêt de l’Etat est donc un excellent message pour nous tous, acteurs de terrain qui restons mobilisés ».

Le premier adjoint, Jean-Pierre Colin, vice-président de TPM, a pour sa part pointé le paradoxe « des centaines de millions d’euros engagés dans les carnets de commande et la vente des créances par la banque Rotschild l’été dernier » : « A ce jour, seuls les Chinois ont répondu à l’offre. Ce n’est pas satisfaisant dans un dossier aussi stratégique, qui plus est, au cœur de la rade », estime-t-il.

A l’heure où l’Etat injecte cent milliards d’euros dans le plan de relance de l’économie, le premier adjoint l’assure : « La bagarre ne fait que commencer ! ».

(*) En 2019, le groupe CNIM était victime de la faillite de son sous-traitant britannique Clugston. Le pool bancaire conditionne son soutien aux CNIM à une restructuration financière réalisée avant le 1er décembre 2020.

Energie, défense et hautes technologies

Equipementier et ensemblier industriel important, les CNIM (Constructions Navales et Industrielles de la Méditerranée) emploient 2 600 salariés dont 1 200 sur ses sites seynois. Le groupe, leader mondial dans la construction d’usines de traitement des déchets et partenaire du programme ITER (**), s’est par ailleurs illustré en usinant des composants de la fusée Ariane, en assemblant les plus hauts escalators du monde à Hong-Kong ou en participant à l’usinage du char Leclerc.

Le groupe connaît toutefois des difficultés marquées par un fort endettement (150 millions d’euros auprès d’un pool de banques) et d’importantes pertes (plus de 100 millions d’euros) sur 2019. La crise de la Covid est venue en outre tendre la situation.

(**) Le réacteur thermonucléaire expérimental international ITER (de l’anglais International Thermonuclear Experimental Reactor) est un projet de réacteur nucléaire de recherche civil à fusion nucléaire situé à Cadarache (Bouches-du-Rhône).

Aide de l’Etat : les détails

Dans un courrier daté du 19 octobre, Bruno Le Maire a confirmé en détails à Hubert Falco les différents soutiens de l’Etat au CNIM : deux prêts du Fonds de développement économique et social (FDES) octroyés en mars et en avril derniers pour un montant total de 11,8 millions d’euros, soutien des liquidités par des reports des charges fiscales et sociales de 21,5 millions d’euros et garanties et couverture de l’Etat via Bpifrance à hauteur de 134 millions d’euros. « Ces efforts doivent permettre de couvrir les besoins de financement jusqu’en avril 2021, ce qui laisse le temps de conduire de manière sereine le processus d’adossement de la société », explique le ministre de l’économie.