« C’est le silence qui me dérangeait »: les Seynoises racontent l’époque des chantiers

Quand ce sont les femmes qui racontent (à d’autres femmes) leur vie à La Seyne-sur-Mer « au temps de la construction navale », cela donne un ouvrage plein d’enseignements. « C’est le silence qui me dérangeait », édité par l’association Histoire et patrimoine seynois est disponible à la librairie Charlemagne.

Certes, plus d’un quart de siècle est passé depuis leur fermeture, mais les chantiers navals ont longtemps fait battre le cœur de La Seyne… Ici ce ne sont pas les anciens ouvriers qui nous racontent la vie de la cité à travers celle de la Navale. Ce sont leurs épouses, leurs filles, leurs sœurs… « Des anonymes, d’origines géographiques diverses. Elles venaient d’Italie, de Lorraine, du Maghreb ou du Sénégal ». Les témoignages ont été recueillis, il y a une dizaine d’années par Andrée Bensoussan, Monique Estienne, Yolande Le Gallo, Françoise Manaranche, Jacqueline Viollet-Repetto et Françoise Vivière.

Elles en ont fait un ouvrage : « C’est le silence qui me dérangeait – Être femme au temps de la construction navale à La Seyne-sur-Mer » édité par l’association Histoire et Patrimoine Seynois*. On y lit le rapport à l’école, au travail, à l’égalité, à la consommation… On y revit les luttes sociales comme les festivités.

Des Seynois venus d’un peu partout

« On rejoignait un petit paradis en descendant à La Seyne. C’était la fin du mois de mai-juin 1962. Mon mari a eu un entretien à la fin de nos vacances et il a été pris tout de suite aux chantiers(…). » Le texte signé Julienne. Comme Mathilde, Françoise, Marcelle, Roseline, Léonide, Valérie, Bénédicte, Angèle, Irène, Agnès, Colette… Julienne a accepté d’apporter sa contribution pour que la mémoire du passé industriel de La Seyne-sur-Mer ne s’éteigne pas.

Irène est venue la même année : « Fin 62 on a très bien vécu notre arrivée à La Seyne, on a été très bien reçus. C’est vrai qu’il y a eu des conflits entre jeunes Seynois et pieds-noirs au début, mais c’est vrai que ça s’est calmé quand on s’est bien connus, fréquentés. (…). Il y avait énormément d’ambiance à La Seyne. »

Bénédicte est arrivée en 1967, mais pour elle : « Beaucoup de choses étaient difficiles : la langue, les habitudes. Tout était bizarre, très cher, je me sentais très seule, je n’avais pas ma famille. J’ai eu du mal à m’habituer. C’était l’hiver, il faisait froid. (…) Avec mes enfants je parlais manjak, ils ont appris le français à l’école. »

Angèle se souvient de cette vie au rythme de la Navale : « Je suis venue là car mon mari travaillait aux chantiers. On a eu l’appartement de la Présentation par les chantiers. Comme j’y habitais (…), j’étais en plein dedans. J’entendais la sirène et le pas des ouvriers tous les jours. Quand je descendais les matins, j’étais avec les ouvriers. »

En racontant les circonstances de leur arrivée dans la cité ouvrière, pour celles qui n’y étaient pas nées, puis tout simplement leur quotidien, ces dames nous offrent des témoignages qui ne nous éclairent pas seulement sur le passé.

laurence.artaud@la-seyne.fr

* Paru aux éditions Gaussen. 160 pages. 20 euros. Disponible à la librairie Charlemagne