Bois Sacré : « Un combat de société »

Le 14 septembre dernier, madame le maire a écrit au président de la République Emmanuel Macron. Nathalie Bicais réclame une enquête administrative sur les conditions dans lesquelles Total a obtenu de la préfecture du Var une servitude lui permettant de vendre à un promoteur immobilier un terrain pollué par les hydrocarbures. Ce jeudi 24 septembre, elle s’est rendue sur le site avec le premier adjoint, Jean-Pierre Colin, pour une conférence de presse.

« Comment accepter, à notre époque, qu’un terrain pollué par Total soit vendu avec la complicité de l’Etat ? ». En contre haut du site de Bois-Sacré , madame le maire désigne l’empreinte des cuves Total érigées en 1974 et démantelées dans les années 90. Sur les sept hectares du site, cette parcelle d’un hectare demeure à dépolluer : « Entre 2003 et 2007, le Plan local d’urbanisme (PLU) avait déclassé cette zone industrielle en zone constructible. Dans le même temps, Total obtenait de la Préfecture du Var que la parcelle polluée (*) devienne « Servitude d’intérêt public », lui permettant de vendre la globalité du site pour 10,5 millions d’euros », rappelle Nathalie Bicais.

352 logements en R+6 encadrant un hectare pollué

La suite, c’est un permis déposé pour la construction de 352 logements en R+6 le long de la corniche : « Ce cœur pollué a poussé Constructa à prévoir les bâtiments en bordure du terrain, privant les Seynois du panorama. Et après, qu’adviendra-t-il du site, des familles et de leurs enfants résidant autour ? De plus les réseaux d’eau potable seront tôt ou tard touchés par les infiltrations (**). Quant aux infrastructures routières, d’ores et déjà encombrées, elles supporteront difficilement un millier de véhicules supplémentaires », dénonce madame le maire.

Reconquête écologique des lieux

Au-delà, les sept hectares de Bois Sacré, entre fort de l’Eguillette et fort Napoléon, constituent un élément du patrimoine méditerranéen à valoriser autrement qu’en habitat : « De tels espaces boisés en bord de mer, il n’y en a plus. Je demande, là aussi, quelle est la philosophie environnementale de Total ? Pollueur-payeur ou pollueur-vendeur ? Nous sommes prêts à engager avec eux une reconquête écologique des lieux. C’est un combat de société ! », assure Nathalie Bicais. « Protection et sécurité », abonde le premier adjoint, Jean-Pierre Colin, avant de rappeler que « La protection de l’environnement était, avec l’économie et l’écoute, l’un des trois piliers du programme de la majorité municipale ».

Il y a donc urgence. La date limite de préemption étant le 14 octobre, et la Ville n’ayant pas les moyens de racheter ce terrain, Madame le maire en appelle « à la force de l’Etat pour arrêter le processus ».

(*) La dépollution opérée à l’époque répondait aux normes pour une zone industrielle et non pour une zone d’habitation. Compte-tenu des conditions de l’époque de nombreuses fuites se trouvaient sur le parcours des conduits et au pied des citernes. Le site est de ce fait pollué par du benzène, des hydrocarbures, des métaux lourds.

(**) L’ARS et la DREAL demandent une analyse d’eau spécifique tous les mois (risques de remontées des hydrocarbures aromatiques polycycliques lors d’épisodes pluvieux dans l’alimentation en eaux des bâtiments..). En outre le béton n’étant pas étanche ces gaz le traversent et peuvent provoquer des troubles sanitaires graves.

HISTORIQUE

Le site est un ancien dépôt de la société TOTAL.

La transaction pour la vente de ce terrain par Total à un promoteur après une dépollution « partielle » CONSTRUCTA est en cours…

> Depuis 2006 ce terrain est considéré par le SCOT comme constructible et en zone d’urbanisation « dense »

> Mise en vente par la société TOTAL

> 2012 : Compromis de vente entre TOTAL et CONSTRUCTA, qui travaille sur le projet depuis 10 ans

> 2013 : Après étude d’impact, monsieur le maire Marc Vuillemot refuse de délivrer le permis de construire et demande à CONSTRUCTA de revoir sa copie.

> 2014 : Enquête publique préalable à la délivrance du nouveau permis de construire. Avis favorable du commissaire-enquêteur

> 2015 : CONSTRUCTA dépose une nouvelle demande, acceptée par la Ville, mais attaquée par les riverains : CIL de Balaguier – Le Manteau – l’Eguillette et la Confédération environnement Méditerranée (CEM).

> 2018 : Le permis délivré en 2015 est retoqué par le tribunal administratif. Un permis modificatif est déposé mais la CEM se pourvoit en cassation le dernier jour du délai légal d’appel.

> 2020 : Le Conseil d’Etat examine l’affaire…

Visuel du projet