Arthur Paecht nous a quittés

Le 11 août dernier, l’ancien premier magistrat de La Seyne est décédé à l’âge de 88 ans. Médecin pendant plus de quarante ans à Mar Vivo, Arthur Paecht a également exercé de nombreux mandats au service des Seynois.

Un destin d’exception. Ainsi peut-on résumer l’existence du docteur Arthur Paecht. Né le 18 mai 1930 à Vienne (Autriche), il embarque en 1939 à bord d’un convoi d’enfants pour Paris. Son père, Léon Paecht, est fusillé deux ans plus tard pour avoir siégé au procès des assassins nazis du chancelier Dollfuss et sa mère mourra en camp de concentration. Placé en famille d’accueil, le jeune orphelin s’investit dans les études à Montauban (Tarn-et-Garonne), avant d’intégrer la faculté de médecine de Paris. C’est là qu’il rencontre Mayotte Pasquini, docteur en droit, qui deviendra son épouse et lui donnera deux enfants, Valérie et Pascal. C’est aussi l’époque où il obtient la nationalité française. Un sésame qui préfigure son engagement pour la République.

Installé à la fin des années 50 à Mar-Vivo, le docteur Arthur Paecht devient médecin des hôpitaux puis chef de service du centre hospitalier intercommunal de Toulon-La Seyne. Parallèlement, il devient conseiller général du canton de La Seyne en 1973. Débute alors une carrière politique de plus de 40 ans, où il sera élu trois fois maire (deux fois à Bandol et une fois à la Seyne de 2001 à 2008), cinq fois député du Var, six fois conseiller général, sans oublier la vice-présidence de l’Assemblée nationale en 1998.

Passionné des questions de Défense, il présidera l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) de 2003 à 2005 et y poursuivra ses interventions après sa défaite aux élections municipales de 2008.

gwendal.audran@la-seyne.fr

Témoignages

A l’occasion de ses obsèques, jeudi 16 août en l’église ND de la Mer à Mar-Vivo, plusieurs personnalités ont rendu hommage à l’ancien premier magistrat, en présence du préfet de région, Pierre Dartout, et du préfet du Var, Jean-Luc Videlaine.

Marc Vuillemot, maire de La Seyne-sur-Mer, vice-président de la Métropole Toulon Provence Méditerranée

« J’ai beaucoup appris de l’homme que nous accompagnons pour ce dernier adieu.

Je n’ai jamais pu véritablement le considérer comme un adversaire… ce que, pourtant, de fait, nous étions : nous nous sommes, tout de même, affrontés plusieurs fois aux élections !

Mais ainsi vont les relations humaines : adversaires, nous nous respections, et, dans la vie courante, nous avons cultivé des sentiments amicaux.

J’admirais sa verve teintée de son accent qui lui faisait intervertir le son « e » avec le son « é », dont je me suis souvent demandé s’il le cultivait délibérément, et, évidemment, son intelligence acérée, son engagement pour la République, sa capacité à dépasser les conflits… lorsque ça lui semblait utile, son goût pour le débat, son appétit pour la confrontation, sa volonté de convaincre, son audace à ne pas hésiter à jouer… à front renversé… car, lui plus que quiconque, connaissait la bête immonde, et non seulement il ne reculait pas devant elle, mais il s’engageait résolument contre.

Sa pensée était riche, complexe, non dénuée d’humour. Ne disait-il pas, avec ironie, avec son œil pétillant de malice, à moi et à d’autres, « je suis le seul homme de gauche de cette commune » ? Au-delà de l’ironie, il faisait en cela référence, entre autres, j’en suis certain, à sa volonté de promouvoir la culture qui, selon certains, aurait été une chasse gardée de la gauche…

Car, oui, il était, cela a été dit, un homme de culture.

 

Tout enfant, sa famille lui avait permis de fuir ceux qui portaient atteinte, dans des autodafés gigantesques, aux instruments du savoir et de l’élévation des esprits, les livres, les tableaux, les objets d’art… Il savait, hélas dexpérience, le raccourci que cela a représenté pour conduire sur les chemins qui mènent à la servitude. Ou à la mort.

Vous saviez aussi, Arthur Paecht, que promouvoir la culture est prendre le risque de la vérité. Mais cela n’effraie pas un homme de conviction.

Je salue donc l’être au destin d’exception que vous fûtes, depuis votre enfance durement marquée par le nazisme en Autriche. Elle aura forgé une vie d’homme résolument républicain et démocrate, jusqu’à vos ultimes combats, au nombre desquels celui que nous avons mené ensemble pour le maintien de notre maternité seynoise, vous qui, tout en ayant exercé quatre décennies à La Seyne votre profession libérale de médecin de ville, avez toujours été un ardent promoteur et défenseur de l’hôpital public.

Et vous avez été aussi un pragmatique. Ni complaisant, ni naïf !

Député, Arthur Paecht, vous avez choisi de vous investir avec détermination dans les questions de défense. Parce que vous en mesuriez l’importance pour notre territoire, et parce que la défense, c’est la paix, cette paix qui a tant fait défaut à vos primes années. Vous étiez d’ailleurs très fier de votre présidence de l’IRIS, et aussi d’avoir eu raison  – trop tôt –  sur certains aspects de la politique de défense du Président Giscard d’Estaing. Ce qui vous a valu quelques soucis… vite surmontés.

Vous avez été longtemps appelé avec déférence « Monsieur le député », « Monsieur le président », ou « Monsieur le maire ». De Bandol et de La Seyne. Mais tu aurais permis, mon cher Arthur, que je revienne au tutoiement de nos échanges, pour dire à ta famille, à tes amis, le respect cordial et presque filial que je te portais, et la tristesse je ressens.

Ton souvenir ne s’éteindra pas dans les esprits et dans les cœurs de beaucoup de gens, de chez nous et d’ailleurs, pour bon nombre pour ce que tu as fait, et pour la plupart pour ce que tu as été.

À vous, Monsieur Arthur Paecht, à toi, Arthur, au nom de notre conseil municipal, et en mon nom propre, je dis adieu.

Et à Valérie, à Pascal, à Aude, à leurs enfants, à ta famille et tes proches, je redis mon, notre, affectueuse et sincère compassion”

Hubert Falco, maire de Toulon, président de la Métropole Toulon Provence Méditerranée

« Tu étais déjà député lorsqu’on s’est connu. J’ai été impressionné par ton intelligence et ton humour. Et puis tu n’as eu de cesse de rendre à la France ce qu’elle t’avait donné. Paecht, ce nom des rives du Danube à jamais seynois. Quel bel exemple d’intégration (…) »

Rudy Ricciotti, architecte

« Arthur avait ce côté artiste. Il naît médecin et devient politique. Il a créé de nouveaux octaves, tel un musicien. Le vertige du doute. Une force sensible au service du bien commun. Un poète de la politique (…) »

Thierry Saussez, conseiller en communication

« C’est un malheur de vous perdre. Un bonheur de parler de vous. La démagogie, ce n’était pas pour vous. Votre hauteur de vue, votre élégance jusque dans l’épreuve et votre sens inné de la stratégie resteront (…) »

Valérie Paecht, directrice générale des services de la Métropole Toulon Provence Méditerranée

« Je porte ta jeunesse comme un boulet. Je déteste ceux qui ont fait du mal à ta famille. Maintenant que tu vas retrouver maman, peux-tu la serrer fort dans tes bras, la remercier encore d’avoir été la muse et le pilier de ta vie (…) ».