A 15 ans, monter une association « pour être plus citoyen »

Des jeunes de l’EAJ Jules-Renard ont créé l’unique association d’enfants labellisée par la fondation du Camp des Milles. Ils ont également reçu leur brevet citoyen pour leur action auprès des Chibanis.

« Au début, ils ne voulaient pas vraiment nous parler, maintenant ils aiment bien qu’on viennent partager un petit goûter », racontent Nassim Essaieh et Younès Safar. Tous deux ont 15 ans, l’un est trésorier, l’autre est secrétaire d’une Association temporaire d’enfants citoyens (Atec), créée au sein de l’Espace accueil jeunes (EAJ) Jules-Renard, quartier Berthe. Aziz Bouthamna, également 15 ans, est ainsi le président de “Adolescents Citoyens Souvenirs” (ACS), « la seule association portée par des enfants labellisée par la fondation du Camp des Milles [dans le cadre de la chaire Unesco Éducation à la citoyenneté, sciences de l’homme et convergence des mémoires] », souligne Romain Wengorzewski, directeur de l’EAJ. Quant à ce « petit goûter », les jeunes le prennent tous les mardis avec les Chibanis, anciens travailleurs immigrés, ayant notamment participé à la reconstruction de la France, désormais retraités. Un moment d’échange intergénérationnel durant lequel ils les interviewent, pour ensuite retranscrire les témoignages en textes sous forme de rap, de slam, ou inspirés de la littérature, « de Jean de La Fontaine à Émile Zola ». L’idée étant d’en faire un recueil de mémoire. « Comme ça, on fait connaître l’histoire des personnes âgées, certaines ont des liens avec nous », expliquent Nassim et Younès. « Pour que le jeune trouve sa place, il ne faut pas seulement qu’il sache d’où il vient, mais qu’il sache aussi que ses anciens ont trouvé la leur », analyse le directeur de l’EAJ. « Ici, poursuit-il, nous avons un public qui ressent le besoin d’être pris en compte dans la société actuelle. Pour répondre, on ne peut pas se limiter à des sorties culturelles ou sportives. Il faut aller au-delà. »

Ils ont donc commencé, il y a trois ans, par donner un coup de main au Secours populaire pour offrir des cadeaux de Noël à d’autres enfants, « pas forcément moins favorisés qu’eux », tient à relever Makki Bouttekka, adjoint délégué à la Jeunesse. A présent, l’Atec est sollicitée pour intervenir dans le cadre d’initiatives sur la transmission de la mémoire par la métropole de Marseille, au cinéma de La Ciotat*… Et afin de faire fonctionner leur association, ce qui nécessite quelques moyens financiers, ses membres organisent des opérations, notamment en partenariat avec la Maefe (Maison associative Enfance famille école), des vide-greniers par exemple. Pourquoi un tel investissement ? « Pour être plus citoyen » répond Nassim. L’élu voit surtout en cet apprentissage de la citoyenneté un atout indéniable pour « ces gamins qui vont devenir adultes ».

laurence.artaud@la-seyne.fr

*Le 25 mai, l’association ACS était invitée dans le plus ancien cinéma du monde, L’Eden-Théâtre de La Ciotat (photo), pour participer à une soirée thématique autour du film d’Émilie Therond : « Mon maître d’école », un instituteur « qui enseigne la tolérance et la sagesse au même titre que les mathématiques » . Les jeunes Seynois devaient présenter leurs écrits.